5 ème et dernière étape : de Gallipoli à Istanbul

Cap Istanbul aucun commentaire »

Traversée des Dardanelles

Mercredi 8 octobre

Traversée des Dardanelles

Le départ de Bozcaada a lieu à 4H30. Pour passer les Dardanelles qui est une zone de trafic maritime réglementé (TSS) interdiction d’être en course. Nous devons rallier Gallipoli au moteur. Pour nous permettre de nous reposer, nos préparateurs pourront monter à bord. Par souci d’équité pour les coureurs n’ayant pas d’assistant, les préparateurs changent de bateau à la moitié du parcours de ralliement. Une occasion de regarder le paysage dans ce détroit chargé d’histoire, passage obligé entre orient et occident. Une courte nuit commencée sur le cata assistance et terminée à bord de Senoble (Julien prend la barre à la sortie du port). Je me réveille au lever du jour au moment d’entrer dans le détroit. Le trafic y est intense. Deux files ininterrompues de cargos gros et moyens se croisent. Comme sur la route, on circule ici à droite. Les Figaro de la flotte se suivent donc au moteur en longeant les rives. Durant la première partie de la traversée, nous longeons la côte sud du détroit. Au milieu, nous traversons pour ensuite longer la côte nord. C’est là que Julien passe à bord du bateau de Paul Meillat en emportant avec lui deux boîtes de plats préparés par Festin de Bourgogne. (Ces boîtes font des envieux sur le circuit depuis mon départ de Nice !!!) Je demande à Cumali (l’organisateur de la Cap Istanbul) quelques récits historiques sur les Dardanelles. Celui-ci ne se fait pas prier.

Arrivés à Gallipoli, les préparateurs sont débarqués. Je coupe mon moteur et prépare la sécurité de mon arbre d’hélice. ( En configuration de course, le moteur est débrayé afin de pouvoir faire tourner mon moteur sans entraîner l’hélice et me permettre ainsi de recharger mes batteries. L’hélice débrayée peut alors, du fait de sa forme se mettre à tourner entraînée par la vitesse du bateau. Je la bloque donc avec un morceau de cordage pour éviter que  le plomb ne se casse.) Le jaugeur monte à bord pour plomber et vérifier que le bateau en configuration course.

Le départ est donné vers 16H00 près du rivage. Il n’y a pas de bouée de dégagement. Toute l’étape est prévue au près ce qui me réjouit car c’est une allure où je vais bien en vitesse. Mes voiles sont typées pour cette allure (Un peu trop d’ailleurs car pour les allures bâtardes si communes en course au large, c’est un désavantage.) et lorsqu’on débarque en course au large le plus dur est d’apprendre à conduire sur d’autres allures que le prés serré et le vent arrière.

Je prends un départ milieu de ligne. Il y a du courant d’est en ouest, on l’a donc dans le nez. Pour gagner, il faut donc aller longer la côte nord car le courant est moins fort lorsque les fonds remontent. Ce que je fait. Une longue série de virements au raz des berges. Je me rapproche à chaque fois jusqu’à ce que le sondeur annonce 2,5m ( le Figaro fait 2,10m de tirant d’eau) puis vire à 2,30m. Le jeu marche bien puisque après un départ moyen je suis dans le paquet de tête pendant un moment. Une rotation du vent d’est vers le sud-est modifie la stratégie en soirée et nous fait croiser le plan d’eau en direction de l’ile de Marmara Adasi. A la tombée de la nuit, la flotte est très compacte. Nous passons tous très près de cargos sur la route Dardanelles/Istanbul. Le plan d’eau est jonché de détritus, sacs plastiques et autres qui dérivent vers la méditerranée. Je check et nettoie mes safrans tous les quart d’heure. Je me souviens même de Nicolas Troussel bord à bord avec moi enlevant un gros sac poubelle d’un safran…

Vers minuit, cette étape qui jusqu’alors s’annonçait plutôt bien, m’échappe complètement en moins de 10 minutes.

Je fais route au contact du paquet de tête en bâbord amure lorsque j’aperçois un cargo qui déboule sur moi. J’essaie de le contacter par VHF tout en éclairant mes voiles avec mon projecteur. Sans réponse j’éclaire même la  passerelle du pétrolier. Sans succès… A moins de 50 m de son étrave je suis forcé de virer en urgence pour éviter de trôner sur son bulbe…

Ballasté et matossé sous le vent, dans le dévent d’un autre figaro. J’ai été forcé de virer en catastrophe dans la pire configuration. Une fois dégagé du cargo, je revire après avoir perdu du terrain et des places. 5 minutes à peine après cet événement, je sens le bateau qui s’arrête brusquement comme s’il avait buté sur quelque chose. Le speedo passe de 6,5 à 3 Nds. Pas de doute j’ai ramassé quelque chose dans les appendices. Je regarde mes safrans… Rien. Je vais à l’intérieur pour regarder la quille que j’éclaire au travers du regard en plexy percé dans la coque. Un morceau de plastique est pris dans la quille. Pas le choix, je suis obligé de faire marche arrière à la voile pour libérer le Figaro Senoble de ce boulet.

Je m’arrête donc et fais marche arrière puis repars. La vitesse du bateau reste anormale. 3 Nds au bout de deux minutes… J’effectue donc une seconde marche arrière en voyant les concurrent avec qui je bataillais s’éloigner inexorablement. La seconde manœuvre n’apporte pas plus de résultat. Je n’ai plus qu’une solution : affaler mes voiles et plonger pour libérer ma quille. Je n’ai jamais eu à faire ce genre de chose. De plus je suis en solitaire et de nuit dans un endroit où les cargos ne se soucient guère des autres navires sur zone… Ma décision est prise et puis je ne pas le choix, je pose mes vêtements, envoie un cordage à l’eau et saute armé de mon couteau. Je me rend alors compte que l’eau de la mer de Marmara est vraiment froide… Saisi je plonge en hâte pour arracher le morceau de plastique. Le halo de lumière diffusé à travers le regard par le projecteur posé sur le fond de la coque met alors en évidence une grosse bâche d’une dizaine de mètres carrés. Après cinq apnées j’arrive à couper la bâche pour libérer ma quille. Je me rend compte alors que celle-ci est également prise dans l’hélice. Quelques apnées plus tard, je me libère enfin définitivement. Je remonte à bord frigorifié par une dizaine de minutes à la flotte. En hâte je me réfugie à l’intérieur du bateau pour me faire un café chaud. Mes mains sont trempées… Ce qui achève mon briquet… Je n’aurai pas de chaud !

Résigné je renvoie ma grand voile, hisse mon génois et reprends ma route. Après m’être séché comme je peux je me réfugie dans mes polaires pour essayer de me réchauffer. Ceci n’arrivera pas avant mon arrivée à Istanbul, 22 heures plus tard et en dernière position. Je perd mille après mille tout au long de cette traversée de la mer de Marmara.

Jeudi 9 octobre

En approchant d’Istanbul le trafic se densifie . Au sud est immédiat de la ville turque une immense zone est réservée aux cargos en attente de chargement ou de transit vers la mer noire. Je passe au milieu d’une centaine de navires au mouillage. Profitant des accélérations du vent entre eux pour gagner du terrain au vent. Le vent d’est nord est souffle à une vingtaine de nœuds. Je peux contempler les minarets de la Mosquée bleue et de Ste Sophie qui dominent majestueusement le plan d’eau. La ligne d’arrivée de la course est mouillée à l’est de l’entrée du Bosphore au pied de la Gare et des docks du port de commerce. Encore quelques milles, quelques mètres… La dernière étape de ma première course en solo aura été la plus longue et la plus éprouvante. Souffrant de crampes générée par les tremblements pendant plus de 20 Heures cette étape de 110 milles a eu quelques fois des allures de galère pour moi.

La ligne d’arrivée passée, Cumali m’envoie depuis son bateau un briquet et quelques vivres… Enfin un peu de réconfort. Il me reste une dizaine de milles à parcourir en remontant le Bosphore. La nuit vient de tomber. Le spectacle de cette ville immense comptant plus de 20 millions d’habitants est, vu de la mer à la tombée de la nuit comme féerique. Tout brille de mille feux les ponts du Bosphore illuminés, les mosquées, les remparts de Bizance les bistrots au bord de l’eau. Cette remontée me rappelle que courir les océans en solitaire n’est pas qu’une affaire de compétition, c’est également une histoire de voyageur, d’aventurier. Moi qui pendant des années ne vivait que pour la performance entre trois bouées, je découvre aujourd’hui une facette de cette vie de marin qui ne m’avait pas encore été dévoilée : le plaisir de finir une course sa course, de boucler un périple. Cette course est pour moi bien plus qu’un apprentissage de la course en solitaire, elle m’ouvre les yeux sur la vie en solitaire sur l’océan. C’est une expérience magique de sauter vers l’inconnu, de s’adapter, de souffrir parfois pour arriver à destination.

Mon résultat ne me satisfait pas. Il ne me satisfait pas car à chaque étape je me suis retrouvé régulièrement dans les bons coups, sans que jamais je n’arrive à marquer les points. J’ai subi la fatigue et le coups du sort un peu plus  que les autres. Il me montre néanmoins à quel point le niveau est haut dans cette série, à quelle point le figaro est difficile, à quel point apprendre à dompter son sommeil, faire marcher sa machine des jours durant, déjouer les pièges de la météo est un art qui doit se pratiquer des années durant pour être maîtrisé. A quel point aussi le facteur chance (et c’est tant mieux) est à prendre en compte en course au large.

Je suis parti de Nice pour apprendre et découvrir, j’ai beaucoup appris et découvert. Au soir de cette arrivée à Istanbul, je suis heureux d’en avoir fini avec cette course, pressé d’aller m’entraîner, pressé de pouvoir commencer à me préparer, pressé d’y retourner avec de l’expérience. Mon objectif de jeune coureur est à présent à moins d’un an.

Arrivée à Istanbul

9 octobre 2008 - Le Figaro SENOBLE est arrivé à Istanbul

Cap Istanbul aucun commentaire »

Arnaud Godard-Philippe a franchi la ligne d’arrivée de la dernière étape de cettre première course en solitaire la Cap Istanbul à 17h46, heure française.

Sain et sauf, Arnaud est arrivé en Turquie et vient de réaliser son rêve. Une très, très belle réussite pour une grande première en Solitaire à bord de son Figaro SENOBLE. Arrivé sain et sauf à Istanbul est gagner !

 

Je sais qu’il faut énormément pour y arriver; il faut donner tout de soi même, il faut une bonne dose du courage, de l’énergie, énormément de travail; d’entrainement, de préparation… C’est pour cela que je tiens à féliciter Arnaud d’avoir réussi non seulement cette épreuve mais aussi d’avoir atteint son but.

 

Tout ce courage, cette ténacité et sa persévérance, jamais je ne l’ai vu baisser les bras. Il a fait une grande partie de la préparation de son Figaro, il a fabriqué lui même les voiles de son bateau. Je ne peux qu’être fière et je le suis de tout mon cœur. Bravo Arnaud !

 

Je souhaite également féliciter Nicolas Berenger qui a remporté cette épreuve, comme Gildas Morvan, « presque voisin » qui termine second de cette belle course en solitaire et troisièmement François Gabart dont j’ai eu le plaisir de faire sa connaissance lors de la dernière édition du Grand Prix de Pornichet il y a quelques mois.

 

Et bien sûr toutes mes félicitations pour tous les autres skippers, préparateurs et membres du comité d’organisation de course cap Istanbul sans qui cette course n’aurait pas été possible.

 

Mathieu, un grand merci à toi aussi. Tu as toujours soutenu, aidé et cru en Arnaud, sans toi il ne sera peut être pas à Istanbul aujourd’hui.

Je remercie toute la famille et les visiteurs de ce blog pour leurs soutiens, leurs messages d’encouragement et leurs intérêt pour le projet d’Arnaud.

Lieke

 

 

 

4 ème étape de Agios Nikolaos - Bozcaada

Cap Istanbul aucun commentaire »

Samedi 4 octobre

Après un report de 36H pour le départ de cette quatrième étape, dû à un vent fort sur la côte nord de la Crête et dans la baie d’Agios Nikolaos, je hisse la grand voile de mon Figaro dans le port pour ensuite rejoindre la ligne de départ. Cette longue escale ne m’a pas vraiment profité. Je pensais pourvoir récupérer un peu, mais le stress engendré par le report (il est difficile d’attendre les décisions de l’organisation sans avoir de certitude sur la date et l’heure), les prévisions météo qui s’annoncent musclées et le fait que depuis un mois je dort dans le bateau assistance aux escales, ne m’aident pas à recharger les batteries.

A 16H30, top départ, je choisis le centre droit du plan d’eau pour mon premier bord. Privilégiant la pression à l’effet de côte à gauche, je me retrouve après quelques virements dans le paquet de tête. Croisant devant Erwann Tabarly et Gildas Mahé, au contact, j’ai mis toute la meute partie à gauche derrière moi. Il n’y a pas de bouée de dégagement puisque le vent est dans l’axe du parcours. Je gère ma sortie de baie en tirant les bons bords et me retrouve en sixième position à quelques dizaines de longueurs d’Athema. Synergie qui comme moi tire des bords près de la côte vire dans mon axe et me fait perdre quelques mètres… Ces mètres vont me coûter très très cher… Le vent tombe pour moi et toute la flotte derrière moi. Les cinq devant se font la malle!

C’est alors que les choses deviennent un peu injustes comme c’est parfois le cas en course au large. Marc Emig qui est environ 300 m dans mon axe derrière touche une risée, le paquet sous mon vent derrière Suzuki, DCNS, en profite quelques minutes plus tard… La flotte est sous spi et moi je n’ai rien! Une fois de plus collé… Mon lecteur CD s’est mis en marche dans une manœuvre et Manu Chao chante en boucle « la suerte viene, la suerte se va »… Les dieux ne sont pas avec moi pour ma première course. Un quart d’heure plus tard j’arrive à retoucher un peu de vent. Je pars sous spi au largue serré. Financo est à présent un demi mille devant moi et je ne voit plus le paquet de tête.

Attendant une rotation à l’ouest du vent, je reste au vent des bateaux qui m’accompagnent. Dans la nuit, le vent monte sans tourner. Jaffale mon spi et continue en route vers Naxos sous génois. Fatigué, je n’ai à l’arrivée à Bozcaada que de très rares souvenirs de cette première nuit.

Dimanche 5 octobre

Au petit matin, j’arrive entre Amorgos et Keros. Le lever se soleil sur les Iles Eoliennes est magique. Dire que des navigateurs sillonnent ces contrées depuis de milliers d’années… Le vent tourne progressivement au Nord-Nord Ouest. Au lever du jour je cherche lesconcurrents. J’entends très clairement à la VHF un bon nombre de bateaux qui répondent à la vacation sécurité. Je me dit qu’il ne sont pas loin. Le vent monte en tournant, je suis encore sous génois. Je filme quelques secondes. Je vais pouvoir envoyer lespi. 35 nds, j’aperçois dans mon axe deux figaro à 4 ou 5 milles devant. Ils n’ont pas despiIl y a de l’air devant. Après un instant d’hésitation je prépare mon spi lourd, matosse tout le poids (100 kilos) à l’arrière du bateau pour ne pas enfourner; approvisionne mon ciré Cotten en nourriture pour un long moment et envoie. C’est parti, à peine gonflé, le spi propulse Senoble dans des surfs à 15 - 18 nœuds. A partir de maintenant, je ne lâche plus la barre et m’accroche. Les Figaro devant moi grossissent à vu d’œil. Je dois serrer le vent au passage de Naxos. Mon figaro Senoble et moi sommes littéralement sous l’eau en permanence. Je ne vois que mes compteurs dans un environnement mêlant karcher et lance à incendie. 45 Nds, je dois abattre un peu pour ne pas partir au tas… 48 Nds, cette fois je part ! Le bateau se couche, je choque mon écoute de spi et mon hale bas de grand-voile en grand, le bateau se redresse lorsque je pompe à la barre. C’est reparti! à bloc!!! Avant le prochain tas… Sensations énormes et indescriptibles. Le bateau est léger comme une plume, plane, enfourne dans la vague, ralentit et accélère instantanément. Je joue à saute mouton dans une mer formée.
Quelques dizaines de minutes suffisent pour que je rattrape puis double Nanni Diesel et Jean Charles Monnet. J’entends un groupe de figaro ( Gerald Véniard, Paul Meillat ) qui est passé à l’ouest de Naxos. Je continue pendant deux heures sous spi. Le vent tourne progressivement au Nord Nord Ouest en mollissant et je repasse sous génois.

Des calamars pour le dîner !

Je me rend compte en finissant ma manœuvre que les bailles du cockpit sont jonchées de petits calamars… Le bateau s’est vraiment transformé en sous-marin pendant ces heures sous spi. Ils passent à la cocotte minute pour agrémenter mes pâtes du soir. En fin d’après midi, nous sommes en approche de Chios et de la porte. J’ai plusieurs bateaux en visuel. Le vent qui est tombé à 10 15 Nds est irrégulier en force mais reste stable en direction. Je vais me reposer 20 minutes. Je mets mon pilote en “mode vent”, ce qui signifie que le bateau garde toujours le même angle par rapport au vent… A mon réveille le vent a tourné de 20 degrés vers l’ouest ! J’ai perdu 1,5 mille en latéral par rapport à Banques Populaire qui est dans mon est au raz de ChiosJe dois glisser de nouveau dans un vent mollissant pour ne pas être pénalisé par le dévent de l’île suivante Psara et j’ai perdu du terrain dans l’opération. Je suis furieux et rêve d’alarmes sur mon PC.

A la tombée de la nuit le vent molli puis meurt… Les ferries qui desservent les îles grecques passent à vive allure au raz des bateaux.

J’arrive difficilement à sortir du dévent de Psara.. La route est droite ensuite pour rejoindre Levos donc sans coup stratégique.

Lundi 6 octobre

Au petit matin du 6 j’arrive près de la dernière île Levos. Il me faut ensuite mettre un peu d’est dans mon nord pour rejoindre Bozcaada. Au reaching dans une dizaine de nœuds de vent d’ouest nord ouest.

Deux bateaux sont à un mille à mon vent. Je ne suis pas très lucide et au lieu de les mettre dans mon axe derrière au moment où cela est encore possible, je privilégie la route directe vers Bozcaada.. Ils terminent à dix et vingt secondes devant moi après avoir profité d’un peu plus d’air le long de l’île turque !

A l’arrivée, les jaugeurs montent à bord, déplombent mon moteur. J’affale ma grand-voile avant de regarder autour de moi : tout est calme, un village, un magnifique fort moyenâgeux le long des quais datant de la seconde gurerre mondiale, des minarets, un mouezine qui appel à la prière… J’ai vraiment l’impression de voyager pendant cette course. Des collines verdoyantes et des pêcheurs. Pas de doute nous arrivons en Turquie ! J’amarre Senoble à couple du catamaran assistance, passe le relai à Julien, part émarger, mange un bout. Il est 11H45 heure française et je part dormir pour 20 Heures de rang.

Escale à Bozcaada

Cap Istanbul aucun commentaire »

Vue de la colline

Après avoir fait un point préparation à bord avec Julien : une mâchoire de tangon à redresser, le plein de gasoil et d’eau… je part en excursion avec Paul Meillat. Nous montons sur les collines surplombant le village de Bozcaada le paysage est superbe : on aperçoit au loin l’entrée du détroit des Dardanelles et les Iles grèques avant la Turquie la mer est d’un bleu vif. Le soleil est bien présent mais le fond de l’air reste frai contrairement à ce que j’avais imaginé à mon départ de Nice. Un peu de courses en redescendant. J’en profite pour racheter un peu de frai (fruits), du chocolat et du jus de fruit. Le reste de mon avitaillement constitué de pâtes achetées en en Sicile, de fruits secs et des bocaux de « Festin de Bourgogne » étant à bord du cata assistance. Suivent ensuite le briefing Sécu et météo puis un cocktail organisé sur l’unique quai du petit port par les élus et acteurs locaux. C’est la première fois depuis le début de la course que je profite un peu d’une escale. A chaque fois occupé par la préparation du bateau, la météo, il faut arriver à un endroit qui n’ait pas Internet pour pouvoir se libérer de ses obligations de coureur.

 Les Figaro aux pieds de la Citadelle

En Stand By jusqu’à midi

AGP Coureur au large, Cap Istanbul 5 Commentaires »

Ce matin j’ai été réveillé à 7H00 heure française par le sifflement des rafales de vent dans les haubans des bateaux au pontons d’Agios Nikolaos… 35 Nds dans le port. Ca y est on va encore à la boucherie. Bien sûr rien n’était prévu de tout cela. On ne sait plus à quelle météo se fier dans cette mer fermée répondant à des lois physiques bien différentes des contrées dans lesquelles j’ai l’habitude de sillonner. Etrange mer la méd. Imprévisible, capricieuse… Je me contente maintenant de prendre ce que je trouve et de faire au mieux avec c’est décidé.

A 9H00 l’organisation a envoyé un retard. Prochaine décision à 12H00. En attendant j’essaye de me reposer. J’ai terminé de faire cuire mon plât de pâtes et Julien carène le bateau. Ensuite je vais manger.

Vidéo de la troisième étape

AGP Coureur au large, Cap Istanbul 3 Commentaires »


Get the Flash Player to see this player.

A terre pour 3 jours

Cap Istanbul, Navigations 2 Commentaires »

Arrivé hier matin, j’ai passé la journée et la nuit dernière à me reposer après cette étape difficile moralement.

Voici en quelques mots le récit de cette étape de 570 milles qui me relègue provisoirement au fond du classement général:

Départ Vendredi 26 septembre à Marzemami :
Le vent établi au sud 20 Nds, j’ai envie de me placer sur la droite de la ligne de départ pour profiter de la rotation à droite du vent. Dans la minute avant le départ je positionne le Figaro Senoble au vent de Nicolas Bérenger. Mon manque de repère sur les départs en solitaire me fait lancer 5 secondes trop tôt. Je passe la ligne une seconde avant le top… Rappel individuel, je dois me dégager de la meute et repasser la ligne de départ en passant par une extrémité. Dernier à la bouée au vent je choisis de prendre le parti du nord et m’engage sous spi au large serré à la poursuite d’un groupe composé par Nicolas Troussel, Gildas Mahé, Romain Attanasio et Christopher Pratt. L’autre groupe choisit le sud et glisse rapidement. Je les perds de vue à peine deux heures après le passage de la bouée au vent.

La nuit se passe bien le figaro Senoble fonctionne bien sous pilote, ce qui me permet d’aller dormir par tranches de 20 minutes. Je suis dans le match et gagne du terrain sur les concurrents directs.

Samedi 27 septembre

Changement d’ambiance : le vent a molli et devient plus qu’instable en force et en direction, les nuages recouvrent le ciel. Nous nous retrouvons au près à tirer des bords. Le vent bascule invariablement de 30 60 degrés sans que les zones de changement ne se voient. Difficile de lâcher la barre. Au soir du deuxième jour un orage s’abat sur la zone nous apportant du vent de nord à nord ouest allant de 18 à 30 Nds sous une pluie diluvienne… Je passe une grande partie de la nuit à l’intérieur. Rester sur le pont est impossible tellement la pluie est violente. Le simple fait de sortir single le visage.

Dimanche 28 septembre

Au petit matin, j’ai perdu un peu de terrain sur Gildas Mahé et Nicolas Troussel. J’en ai gagné sur Thomas Rouxel. Je suis décalé dans son nord pour 4,5 Milles. Je suis 13ème. (Je n’étais pas superstitieux jusqu’à présent mais à y repenser je demande si je n’aurai pas préféré être une place derrière…). Le vent tourne à droite au 130 et tombe subitement alors que je descends pour recroiser avec le groupe du sud. Un zone de calme s’installe en quelque minutes entre moi et Thomas. 130 cela m’oblige à virer de bord et à faire route au Nord Est. Pensant que cela est passager je vire. En tribord je fais donc route… Lorsque le vent tourne au 90-85 je vire de bord pour faire route à nouveau vers le paquet du sud. Mon inquiétude grandit lorsqu’après une dizaine de virement de bord je me rend à l’évidence. Dès que je suis en babord le vent mollit et tourne de nouveau vers le 130. Je suis bloqué. Je n’ai pas d’autres choix que de monter vers le nord.
A 14H00 je croise l’axe de la route directe. Le vent ne s’établit pas. Il reste oscillant entre 130 et 90 et la zone de molle qui se trouve dans mon sud directe semble inexorablement me suivre…
A 18H00 cette zone me rattrape, le vent tombe complètement. Le ciel se dégage lors que le directeur de course me contacte par Iridium ” Quel vent as-tu ?” Je lui raconte pensant que les sudistes subissent le même sort que moi. Christian s’exclame alors : “il y a 35 Nds de vent chez nous..”.( je ne comprend pas le secteur sur le coup mais je réalise que je risque fort de prendre un sacré retard.) Je compte 80 Milles de retard. A 5 Nds, cela frise les 20 Heures! La punition !
Pire à ce moment de la course et pour ne pas que j’arrive trop en retard en Crète il me demande d’abandonner en me disant que si je n’ai pas assez de temps de récupération Crète il ne m’autorisera pas à prendre le départ de l’étape suivante.
Abattu je demande à parler au météorologue et pondère en lui disant que je veux avoir les dernières positions des autres concurrents avant de déplomber mon moteur.
Le météorologue prévoit l’établissement d’un vent de secteur Nord dans la nuit. Je raccroche et décide d’attendre le milieu de nuit avant de prendre une décision.

Lundi 29 septembre

A minuit le vent rentre enfin du nord. Faible au départ, il finit par s’établir au Nord Ouest à 25 Nds. A partir de ce moment, je suis en route directe sur la Créte à fond. 25 30 nds de vent sous spi le Figaro Senoble glisse vers l’arrivée à plus de 15 Nds. Je cravache en espérant recoller au paquet. On ne sait jamais, la roue peut tourner tellement vite en méditerranée. La flotte peut rester collée quelques heures. Je peux peut-être me refaire. Je ne dors plus et passe tout le reste de la course à la barre. Ne lâchant rien. Profitant de chaque vague pour faire partir le bateau dans des énormes surfs.

Mardi 30 septembre

J’arrive à 11H30. J’ai recollé plus de 50 milles au paquet. 50 milles c’est beaucoup, mais ce n’est pas assez. Je termine avant dernier de cette manche. Jean Paul Mouren ayant abandonné. Je suis dernier au classement.

Bilan :

J’apprends vraiment beaucoup sur cette course qui au final se révèle de l’avis de tous les coureurs la plus difficile des courses de l’année. Un apprentissage douloureux qui me permet de me préparer pour l’année prochaine. Les conditions instables et imprévisibles de la méditerranée parachute des inconnus au top du classement et des cadores au fond du classement. Difficile de savoir qui aura de la réussite sur la prochaine!
Je ne lâcherai rien. Plus que jamais je suis décider à ne rien lâcher sur cette course. Je sais que mon niveau actuel me permet de laisser quelques bateaux derrière et je suis sûr que la roue peut tourner enfin à mon avantage.

Merci à tous pour vos messages d’encouragement ! Il me font toujours chaud au coeur.

La vidéo embarquée de la deuxième étape

AGP Coureur au large, Cap Istanbul, Navigations aucun commentaire »


Get the Flash Player to see this player.

-----
Entriées RSS Commentaires RSS Connexion